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Handicap = Gratuit…Vraiment ?

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Handicap

Le Handicap est-il vraiment gratuit ?

Vendredi 10 mai 2024 ・ 8 min de lecture

Arthur Lin

Sommaire de l’article

Je me pose cette question depuis un certain temps maintenant. J’en ai discuté à plusieurs reprises sur LinkedIn, par exemple. Et pourtant, ce sujet n’est encore rien d’évident pour certaines personnes ou entreprises. Ce sera l’objet du présent article.

Handicap et Gratuité, l’invisibilisation d’un secteur économique, à l’image de l’invisibilisation des métiers du care

Lorsque l’on parle de handicap, on pense souvent que c’est « pour les autres ». Comme je l’ai déjà mentionné à plusieurs reprises, rien n’est plus faux que cette affirmation. Le handicap nous concerne tous. Tout comme d’ailleurs, l’ensemble des métiers du care et du soin, concerne l’ensemble de la société.

Sous prétexte que le handicap ne concernerait « que les autres », on accepte collectivement que la responsabilité de la prise en charge de cette question ne concerne presque exclusivement que les personnes directement concernées et leurs proches. Or, cela ancre les pratiques d’aidance familiale, par exemple, dans une logique de gratuité et de « don » gratuit.

Si au niveau familial, le « don » gratuit peut se justifier par des facteurs moraux, éthiques, etc., lorsque l’on propose des prestations de sensibilisation ou de formation au handicap pour les entreprises, la gratuité ne peut se justifier. Et c’est là le risque de l’invisibilisation des métiers de la prise en soin et du care. En ce qui regarde le handicap, ou la perte d’autonomie, on observe un glissement entre pratiques du care familiales, intériorisées comme « gratuites » ou « allant de soi », vers des pratiques où lorsque des professionnels interviennent dans des entreprises (formateurs, par exemple) ou auprès des personnes concernées en établissement (EHPAD), elles devraient le faire « gratuitement », ou du moins, à moindre coût.

Or, c’est un problème. Car la prise en soin, la prise en charge des plus vulnérables, par des actions de soins par exemple, ou par de la sensibilisation à leur réalité par de la formation en entreprise, ou des conférences, n’est pas un acte gratuit. Chacun a en charge des dépenses, des frais inhérents à la conduite de sa vie et de son activité professionnelle. Et, dans ce cadre, il est plus que discutable que les sujets de care, parce qu’assimilés encore trop souvent comme relevant d’un « don » dans la sphère privée, passent également pour un « don » dans la sphère publique.

Cette représentation biaisée participe de la perte d’attractivité des métiers du care, pourtant essentiels pour espérer pouvoir faire face au vieillissement de la population. Dans un autre cadre, une entreprise qui ferait intervenir à titre gratuit un formateur aux questions de handicap/inclusion serait dans l’irrespect le plus total de l’intervenant. En effet, comme toute intervention, celle-ci requiert une expertise et une compétence. Ne pas rémunérer l’intervenant, c’est ne pas reconnaître que l’on puisse vivre pleinement d’une activité en lien avec la sensibilisation au handicap. Que cette activité de sensibilisation serait promise finalement à rester dans la sphère du bénévolat. Et c’est tout simplement une vision dramatique.

En matière de handicap, ou de prise en soin des plus vulnérables, l’expertise et la compétence sont nécessaires. Ne pas rémunérer un métier à hauteur de son utilité sociale, et qui plus est, les métiers en lien avec le care, et notamment en lien avec le handicap, constitue une faute. Une faute mettant les personnes dépositaires de ces savoir-faire du care dans la sphère du non-profit en les excluant de facto d’un statut de personne pouvant vivre de son travail, un travail qui plus est, plein de sens. Mais au-delà de ça et nous le verrons dans une seconde partie, cette question de la non-considération économique du secteur du care et du handicap en France, pose plus globalement la question de ce qui est assigné comme étant « important » socialement, par rapport à ce qui ne le serait pas, en matière d’actes de travail.

L’imaginaire social derrière la gratuité des prestations du care : Objets de Soins Versus Sujets de Droits.

La gratuité des prestations du care, et notamment celles afférentes aux questions de handicap, n’est pas simplement un choix économique, c’est aussi un choix profondément politique.

En effet, lorsque l’on assigne les prestations liées au care à un métier « passion », on justifie le fait que des pans entiers de secteurs professionnels largement féminisés soient « sous-payés ». Qui des infirmières ? Qui des sages-femmes ? Et par ricochet, on justifie également le fait que puisqu’elles ne sont pas beaucoup payées, les prestations de soins qu’elles réalisent sont « de moindre importance ». Par ailleurs, et c’est là un point central, on justifie que les personnes dispensatrices de soins soient elles-mêmes objets de soins en lieu et place d’être sujets de droits, comme peuvent l’être encore trop souvent les personnes en situation de handicap ou de dépendance. Je m’explique.

Lorsque collectivement, l’on admet que les métiers du care ou liés plus largement au handicap (conférences, sensibilisations) n’ont pas de « coût » important, au regard de l’impact social qu’elles ont pour l’ensemble de la société, on réduit les personnes dispensant ces expertises à des personnes « gentillettes », ne « comptant pas vraiment » dans le monde du travail. Les personnes elles-mêmes seraient dès lors « objets de soins », en l’occurrence d’une certaine forme de paternalisme, en lieu et place d’être « sujets de droits », donc en capacité de réclamer la reconnaissance monétaire qui serait proportionnelle à leur utilité sociale.

Et l’on touche là du doigt quelque chose d’important : la place, et la « hiérarchie » des métiers dans notre société. Où l’impact social d’un métier est souvent inversement proportionnel à la reconnaissance socio-économique qui lui est faite. Donnons quelques exemples. Une infirmière qui fait énormément à l’hôpital, ou dans des structures de santé, pour permettre de réaliser une mission de service public va être payée au lance-pierres, là où un vendeur de tel ou tel produit dont on ne va pas avoir « besoin » au sens de « besoins vitaux », va pouvoir être payé 3 ou 4 fois plus que l’infirmière.

Faut-il interroger les schémas de représentations et d’imaginaires sociaux inhérents à chaque métier et les rattacher à leur utilité sociale réelle ? Oui, je le pense. Faut-il dès lors, faire correspondre de manière proportionnelle l’utilité sociale d’un travail avec son niveau de rémunération ? Oui, je le pense également.

Cette logique est indispensable pour recréer des vocations dans le secteur du care. Que l’on parle des aides à domicile, des infirmières, ou même plus largement des prestataires de services qui dans le milieu tertiaire notamment, proposent par leurs actions (conférences ou sensibilisations par exemple) d’avoir un impact social fort en faveur de populations parfois mises au ban de la société (par exemple, les personnes en situation de handicap).

C’est un sujet de reconnaissance à la fois sociale, économique mais aussi un sujet de reconnaissance de la dignité des personnes qui réalisent ces métiers, qui sont des métiers de l’humain. Revaloriser économiquement et socialement les métiers de l’humain, c’est permettre à l’ensemble de la société de retrouver son humanité. Car comme le disait si bien le rappeur Nekfeu dans son morceau « Avant tu riais » : « Nombrils égocentrés, très peu s’entraident, triste ironie d’une société de services ».

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Définition Handicap

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Handicap

Le Handicap, une question de définition et de représentation.

Vendredi 9 février 2024 ・ 7min de lecture

Arthur Lin

Sommaire de l’article

  1. Le Handicap c’est d’abord une question de définition

  2. Le Handicap c’est ensuite et surtout une question de « représentations »

Handicap ! Ô ciel !

Quel parent, ou quelle personne concernée, apprenant son diagnostic n’a pas eu ce types de réactions ? Et pourtant…

Le handicap n’est pas une tare en soi. C’est une manière spécifique d’ « être au monde » pour reprendre l’expression de Heidegger.

Le handicap c’est avant tout une histoire de définition et de normes, mais aussi une histoire de représentations, c’est ce que nous allons voir aujourd’hui dans ce nouvel article.

Le Handicap est d’abord une question de définition

En France, le handicap est avant tout défini par l’article L114 du Code de l’Action Sociale et des Familles (CASF) du 12 février 2005 en ces termes :

« Constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant ».

Nous reviendrons dans un prochain article sur cette fameuse « loi de 2005 » dont cette définition du handicap est issue.

Mais commentons cette définition. Le handicap est à la fois « physique » mais aussi « sensoriel, mental, cognitif ou psychique, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant ». Ainsi, loin  de ce que l’on s’imagine souvent, le handicap n’est pas que « physique » : personne en fauteuil, personne en béquilles, etc.

En France, 80% des handicaps sont invisibles. À titre personnel, je parle de handicap « invisibilisé », parce que la société « invisibilise » le handicap : par le manque d’accessibilité des transports en commun, par le manque de perspectives offertes pour les personnes concernées en ce qui regarde l’accès à l’enseignement supérieur, par la difficulté à faire valoir ses droits, etc.

Tout cela renvoie finalement au-delà de la question de la définition, à la question des « représentations » du handicap dans le monde social, et plus particulièrement, dans la société.

Le Handicap, c’est ensuite et surtout une question de « représentations ».

Je l’ai dit plus haut, le handicap ce n’est pas uniquement ce que les personnes en « voient » : fauteuil, béquilles, etc.

C’est aussi, et surtout, une question de représentations sociales. D’ailleurs, contre une définition médicale voire « médicalisante » du handicap, des collectifs de personnes handicapées ont voulus, dans les années 1980 aux Etats Unis, faire connaître leur réalité. Je vous renvoie notamment au très bon documentaire, « Crip Camp » sur Netflix.

Le handicap est une question de représentations. La preuve, à l’image de nombre de personnes engagées sur ces sujets, et étant moi-même, une personne concernée, je préfère le terme « en situation de handicap » plutôt que le terme « personne handicapée ».

Le terme « personne handicapée » renvoie pour moi à une responsabilité individuelle de la personne concernée, alors même que le terme de « personne en situation de handicap » renvoie quant à lui, à une responsabilité collective de la société. Et que, dans cette acception, c’est la société qui créée la situation de handicap de la personne concernée.

Je vais prendre un exemple : À une personne en fauteuil dans une gare, vous ne mettez pas à disposition d’ascenseur, la personne concernée devient « dépendante » d’une autre personne qu’elle-même, pour « l’aider » à passer au-delà de cet obstacle.

Prenons la même situation, sauf que, cette fois-ci, vous mettez un ascenseur. La personne concernée, en fauteuil, ne sera plus en « situation de handicap » et pourra se déplacer de manière autonome sur les quais et dans la gare.

Cela vous semble simple ? Et pourtant, nombre de personnes concernées n’ont pas accès à ces aménagements urbains « simples » : ascenseurs, logements pour Personne à Mobilité Réduite (PMR), etc., qui en plus de profiter aux personnes directement concernées, profiteraient également à l’ensemble de la population.

Agir pour le handicap, en rendant accessible les espaces et en levant les « situations » de handicap, ce n’est pas seulement agir pour les personnes concernées, c’est aussi et surtout, agir pour l’ensemble du corps social. Nous verrons cela dans un prochain article.

Vous êtes intéressés par ces questions ? Allez sur ma page « offres », l’offre « Premium » contient un accompagnement sur les questions relatives au handicap. Vous pouvez également prendre l’accompagnement « handicap » seul, via la section « offre sur-mesure » et son formulaire de contact.  À bientôt !

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