Archives par auteur ikujx

La communication est-elle condamnée à l’impuissance ?

Retourner au Blog

Communication

La communication est-elle condamnée à l’impuissance ?

22 Mai 2024 ・ 9 min de lecture

Arthur Lin

Sommaire de l’article

Aujourd’hui lorsque l’on parle de communication, en tout cas en matière de responsables politiques, on a tendance à critiquer une politique de « communication », qui serait une politique d’ « annonces » au détriment d’une politique de « l’agir ». La femme ou l’homme politique préférant largement le « dire » au « faire ».

Mais qu’en est-il réellement ? C’est la question qui fera l’objet du présent article.

La communication du « dire » au « faire » : La croyance dans le discours « performatif »

Aujourd’hui lorsque l’on parle de communication, et notamment de communication politique, c’est comme s’il y avait « court-circuit » dans le fait de « communiquer ». En effet, la « communication » visant à annoncer, et à énoncer une phrase « choc », ou une annonce « forte ». Mais l’ « agir » opérationnel de cette énonciation étant comme « contenu » dans ce qui est annoncé. En d’autres termes, on ne s’inquiéterait guère de la mise en œuvre de l’annonce puisque selon l’adage bien connu, « et l’intendance suivra ».

Or, il est plus que dommageable que la communication ne soit dans ce contexte « que » réduite à un simple « outil ». On parle d’ « outil » de communication. Mais où se trouve dès lors le pouvoir du « faire » dans la communication ? Ce « faire » est induit dans l’annonce, et dans ce qu’en rhétorique l’on appelle le discours « performatif » : on dit, c’est fait. Dans ce contexte, la communication est décorrélée de son potentiel de transformation du réel. Car ce n’est pas parce que quelque chose est énoncé que cette chose va prendre vie, dans une sorte de croyance que « dire » c’est « faire ».

Comment, dans les dérives de cette pratique et de cet impensé communicationnel, ne pas avaliser l’impuissance du politique, des politiques publiques, et in fine, de la communication elle-même ? On « dit » et « cela sera fait ». Or, c’est méconnaitre profondément les résistances du « réel ».  Comment telle annonce va-t-elle être reçue par les acteurs censés déployer cette annonce ? Ainsi, le politique en plus de souvent prendre la parole, sans concertation préalable des acteurs administratifs qui vont déployer l’annonce, va condamner les instances qui vont devoir déployer l’annonce à une forme de « réaction » à l’annonce, et parfois même de « désorganisation » des administrations concernées. Car il faut que « l’intendance suive ». Cela renvoie directement la « responsabilité » de l’éventuelle « non mise en place » de telle ou telle annonce  à une forme d’ « incurie » d’une corporation administrative donnée, et in concreto, au discrédit des fonctionnaires.

La communication par annonce, pensée comme agissante mais en réalité, passive face au réel, permet au politique de fustiger les « corporatismes » et de pointer les fonctionnaires et l’organisation administrative. C’est bien connu, la sagesse populaire le dit en ces termes : « Vous voulez piquer votre chien ? Vous dites qu’il a la rage ». Dans cette configuration d’appel à une communication « performative », celle-ci est condamnée à l’impuissance, puisque dissociée de la phase d’action, « agissante ».

Mais pour faire face à cela, il existe des solutions que nous allons évoquer dans une seconde partie.

La communication agissante : sortir du « performatif », aller vers le « participatif »

On l’a vu précédemment, le discours politique a tendance à faire de la communication un outil passif, décorrélé d’un potentiel agissant. Or, cela affaiblit la force d’une énonciation ainsi que les acteurs censés déployer cette annonce. Ce mouvement est-il inéluctable ? Bien sûr que non. Des solutions existent.

En effet, pour redonner la possibilité à la communication de se relier à un potentiel d’action, à un potentiel agissant, il faut que cette communication ne soit plus considérée comme « imposée » aux acteurs devant déployer le fruit de cette communication, mais qu’elle constitue bien plus une communication « participative ». Dans ce paradigme, cela voudrait dire concrètement : associer les différents acteurs concernés par une annonce, avant que celle-ci ne soit effectivement annoncée au grand public, et parfois, même souvent, démentie, par la suite.

Mais cela demande un changement profond de nombre de responsables politiques, dans le rapport que certains d’entre eux peuvent entretenir vis-à-vis de la communication. Non plus comme instrument de l’instantanéité, mais bien plus pensée comme adjuvant à une vision de long terme. La politique de communication ne peut être une politique à courte-vue visant à « réagir ». La communication « participative » permet au contraire de « prévoir » avant d’annoncer et in fine d’ « agir ».

Cela peut sembler une optique « simple », or il n’en est rien. Cela suppose en réalité une remise en question de l’agir du « politique ». Que ce-dernier revienne à une posture d’humilité face aux phénomènes qui se déploient dans une société donnée. Cela n’est guère évident je vous l’accorde. Mais l’acceptabilité sociale est à ce prix. Le retour de l’attractivité des administrations publiques et la fidélisation des agents ne pourront se faire que par l’écoute des réalités de terrain et le respect, par le politique, de ces réalités. Cela ne pourra se faire également que dans la mise en place d’un véritable accompagnement des évolutions organisationnelles et de [la prise en compte de] la réalité du travail des agents. Au contraire, cela ne pourra pas se faire dans l’imposition de changements venus d’ « en haut », non concertés et annoncés de manière tonitruante. Car le risque dans ce cas-là serait tout simplement, comme souvent, que cette annonce spectaculaire, ne se réduise finalement qu’à une énième montagne accouchant d’une énième souris.

La communication en tant que levier de participation des acteurs concernés, ne peut se faire qu’à la condition d’une sortie d’un rapport utilitaire voire utilitariste par le politique de ladite communication. La communication peut porter ses fruits à condition qu’elle ne soit jamais décorrélée de l’agir, et de ce qui fait finalement sa force : Sa capacité à informer, à déployer des imaginaires et à construire une société de débats et de réflexions sur le temps long. Car dès lors, la communication, à nouveau agissante, car sortie de l’impuissance utilitaire dans laquelle le politique l’avait placée, permet la perpétuation d’une société qui soit véritablement démocratique.

Souscrire à ma newsletter gratuite

Votre mission si vous l’acceptez : Recevez chaque mois dans votre boîte mail, LA newsletter des Entrepreneurs Atypiques. Ou découvrez mes offres adaptées à vos besoins

Je m'inscris gratuitement Découvrir les offres

ARTICLES EN LIENS

Vous aimerez lire aussi ces articles

Être chercheur en communication ? Si, si ça existe !

Tout d’abord, mettons les choses au clair, je ne suis pas chercheur en « Communication »  […]

Lire l'article

L’IA a-t-elle réponse à tout ?

On pourrait se dire que l’IA, en tant que « création » tekné humaine, serait à son […]

Lire l'article

Handicap = Gratuit…Vraiment ?

Retourner au Blog

Handicap

Le Handicap est-il vraiment gratuit ?

Vendredi 10 mai 2024 ・ 8 min de lecture

Arthur Lin

Sommaire de l’article

Je me pose cette question depuis un certain temps maintenant. J’en ai discuté à plusieurs reprises sur LinkedIn, par exemple. Et pourtant, ce sujet n’est encore rien d’évident pour certaines personnes ou entreprises. Ce sera l’objet du présent article.

Handicap et Gratuité, l’invisibilisation d’un secteur économique, à l’image de l’invisibilisation des métiers du care

Lorsque l’on parle de handicap, on pense souvent que c’est « pour les autres ». Comme je l’ai déjà mentionné à plusieurs reprises, rien n’est plus faux que cette affirmation. Le handicap nous concerne tous. Tout comme d’ailleurs, l’ensemble des métiers du care et du soin, concerne l’ensemble de la société.

Sous prétexte que le handicap ne concernerait « que les autres », on accepte collectivement que la responsabilité de la prise en charge de cette question ne concerne presque exclusivement que les personnes directement concernées et leurs proches. Or, cela ancre les pratiques d’aidance familiale, par exemple, dans une logique de gratuité et de « don » gratuit.

Si au niveau familial, le « don » gratuit peut se justifier par des facteurs moraux, éthiques, etc., lorsque l’on propose des prestations de sensibilisation ou de formation au handicap pour les entreprises, la gratuité ne peut se justifier. Et c’est là le risque de l’invisibilisation des métiers de la prise en soin et du care. En ce qui regarde le handicap, ou la perte d’autonomie, on observe un glissement entre pratiques du care familiales, intériorisées comme « gratuites » ou « allant de soi », vers des pratiques où lorsque des professionnels interviennent dans des entreprises (formateurs, par exemple) ou auprès des personnes concernées en établissement (EHPAD), elles devraient le faire « gratuitement », ou du moins, à moindre coût.

Or, c’est un problème. Car la prise en soin, la prise en charge des plus vulnérables, par des actions de soins par exemple, ou par de la sensibilisation à leur réalité par de la formation en entreprise, ou des conférences, n’est pas un acte gratuit. Chacun a en charge des dépenses, des frais inhérents à la conduite de sa vie et de son activité professionnelle. Et, dans ce cadre, il est plus que discutable que les sujets de care, parce qu’assimilés encore trop souvent comme relevant d’un « don » dans la sphère privée, passent également pour un « don » dans la sphère publique.

Cette représentation biaisée participe de la perte d’attractivité des métiers du care, pourtant essentiels pour espérer pouvoir faire face au vieillissement de la population. Dans un autre cadre, une entreprise qui ferait intervenir à titre gratuit un formateur aux questions de handicap/inclusion serait dans l’irrespect le plus total de l’intervenant. En effet, comme toute intervention, celle-ci requiert une expertise et une compétence. Ne pas rémunérer l’intervenant, c’est ne pas reconnaître que l’on puisse vivre pleinement d’une activité en lien avec la sensibilisation au handicap. Que cette activité de sensibilisation serait promise finalement à rester dans la sphère du bénévolat. Et c’est tout simplement une vision dramatique.

En matière de handicap, ou de prise en soin des plus vulnérables, l’expertise et la compétence sont nécessaires. Ne pas rémunérer un métier à hauteur de son utilité sociale, et qui plus est, les métiers en lien avec le care, et notamment en lien avec le handicap, constitue une faute. Une faute mettant les personnes dépositaires de ces savoir-faire du care dans la sphère du non-profit en les excluant de facto d’un statut de personne pouvant vivre de son travail, un travail qui plus est, plein de sens. Mais au-delà de ça et nous le verrons dans une seconde partie, cette question de la non-considération économique du secteur du care et du handicap en France, pose plus globalement la question de ce qui est assigné comme étant « important » socialement, par rapport à ce qui ne le serait pas, en matière d’actes de travail.

L’imaginaire social derrière la gratuité des prestations du care : Objets de Soins Versus Sujets de Droits.

La gratuité des prestations du care, et notamment celles afférentes aux questions de handicap, n’est pas simplement un choix économique, c’est aussi un choix profondément politique.

En effet, lorsque l’on assigne les prestations liées au care à un métier « passion », on justifie le fait que des pans entiers de secteurs professionnels largement féminisés soient « sous-payés ». Qui des infirmières ? Qui des sages-femmes ? Et par ricochet, on justifie également le fait que puisqu’elles ne sont pas beaucoup payées, les prestations de soins qu’elles réalisent sont « de moindre importance ». Par ailleurs, et c’est là un point central, on justifie que les personnes dispensatrices de soins soient elles-mêmes objets de soins en lieu et place d’être sujets de droits, comme peuvent l’être encore trop souvent les personnes en situation de handicap ou de dépendance. Je m’explique.

Lorsque collectivement, l’on admet que les métiers du care ou liés plus largement au handicap (conférences, sensibilisations) n’ont pas de « coût » important, au regard de l’impact social qu’elles ont pour l’ensemble de la société, on réduit les personnes dispensant ces expertises à des personnes « gentillettes », ne « comptant pas vraiment » dans le monde du travail. Les personnes elles-mêmes seraient dès lors « objets de soins », en l’occurrence d’une certaine forme de paternalisme, en lieu et place d’être « sujets de droits », donc en capacité de réclamer la reconnaissance monétaire qui serait proportionnelle à leur utilité sociale.

Et l’on touche là du doigt quelque chose d’important : la place, et la « hiérarchie » des métiers dans notre société. Où l’impact social d’un métier est souvent inversement proportionnel à la reconnaissance socio-économique qui lui est faite. Donnons quelques exemples. Une infirmière qui fait énormément à l’hôpital, ou dans des structures de santé, pour permettre de réaliser une mission de service public va être payée au lance-pierres, là où un vendeur de tel ou tel produit dont on ne va pas avoir « besoin » au sens de « besoins vitaux », va pouvoir être payé 3 ou 4 fois plus que l’infirmière.

Faut-il interroger les schémas de représentations et d’imaginaires sociaux inhérents à chaque métier et les rattacher à leur utilité sociale réelle ? Oui, je le pense. Faut-il dès lors, faire correspondre de manière proportionnelle l’utilité sociale d’un travail avec son niveau de rémunération ? Oui, je le pense également.

Cette logique est indispensable pour recréer des vocations dans le secteur du care. Que l’on parle des aides à domicile, des infirmières, ou même plus largement des prestataires de services qui dans le milieu tertiaire notamment, proposent par leurs actions (conférences ou sensibilisations par exemple) d’avoir un impact social fort en faveur de populations parfois mises au ban de la société (par exemple, les personnes en situation de handicap).

C’est un sujet de reconnaissance à la fois sociale, économique mais aussi un sujet de reconnaissance de la dignité des personnes qui réalisent ces métiers, qui sont des métiers de l’humain. Revaloriser économiquement et socialement les métiers de l’humain, c’est permettre à l’ensemble de la société de retrouver son humanité. Car comme le disait si bien le rappeur Nekfeu dans son morceau « Avant tu riais » : « Nombrils égocentrés, très peu s’entraident, triste ironie d’une société de services ».

Souscrire à ma newsletter gratuite

Votre mission si vous l’acceptez : Recevez chaque mois dans votre boîte mail, LA newsletter des Entrepreneurs Atypiques. Ou découvrez mes offres adaptées à vos besoins

Je m'inscris gratuitement Découvrir les offres

ARTICLES EN LIENS

Vous aimerez lire aussi ces articles

Être chercheur en communication ? Si, si ça existe !

Tout d’abord, mettons les choses au clair, je ne suis pas chercheur en « Communication »  […]

Lire l'article

L’IA a-t-elle réponse à tout ?

On pourrait se dire que l’IA, en tant que « création » tekné humaine, serait à son […]

Lire l'article

Intelligence Artificielle

Retourner au Blog

Intelligence Artificielle

L’IA a-t-elle réponse à tout ?

Vendredi 9 février 2024 ・9 min de lecture

Arthur Lin

Sommaire de l’article

  1. I.A, une création humaine donc « forcément limitée » ?

  2. L’IA, « semblable miroir », différente de nous.

C’est une question que l’on se pose parfois, devant les progrès de l’Intelligence Artificielle (IA) ces dernières années : Cette IA a-t-elle réponse à tout ? Je serais bien en peine de vous répondre. Cependant, essayons de prendre le problème autrement. C’est ce que je vous propose dans ce nouvel article.

I.A, une création humaine donc « forcément limitée » ?

On pourrait se dire que l’IA, en tant que « création » tekné humaine, serait à son image, à l’image de celles et ceux qui la programment. Autrement dit, que l’IA serait donc « par essence », limitée. Ce qui s’avérerait vrai… et faux.

En effet, si l’IA est en grande partie, « au départ », lors de sa phase de conception, le fruit de choix de la part de celles et ceux qui vont la programmer et l’entrainer, elle devient rapidement « en capacité » d’ « apprendre », dans les limites posées par son programme de départ.

Ainsi, la réponse est plus complexe qu’il n’y parait. On pourrait dire à la question posée : Oui et non. Mais allons plus loin.

L’IA, « semblable miroir », différente de nous.

En admettant que l’IA soit création humaine, elle représente ce que l’humain veut en faire. Mais tout en en étant un miroir, de l’humanité, elle est surtout, très différente de nous. Bien sûr la science-fiction regorge de récits très réussis montrant à quel point l’Intelligence Artificielle, et les nouvelles technologies peuvent se rapprocher de ce que nous sommes. Et il y a même aujourd’hui des IA qui écrivent des articles ou des livres à notre place.

En admettant cela, que l’IA pourrait être « ce que nous sommes », ou bien-même « ce que nous ignorons aujourd’hui de ce que nous serons demain », quelle place resterait-il dès lors pour l’imaginaire proprement humain ? Cet espace des possibles si fragile et en même temps si spécifique. Cet espace de l’imaginaire, cette « institution imaginaire » pour reprendre un terme de Castoriadis ne saurait se limiter à ce qu’en pourrait en faire, et/ou re(créer) une machine, aussi perfectionnée soit-elle.

Admettre cela, c’est admettre que l’IA, n’a pas réponse à tout. Puisqu’elle ne serait, pour l’instant en tout cas, qu’une « cellule-miroir pensante », reflet imparfait de ce que nous sommes : des êtres humains. Il n’est cependant pas exclu, qu’à l’image de certains romans ou de certaines dystopies devenues aujourd’hui réalité (le crédit social par exemple qui renvoie notamment, mais pas seulement, à un épisode de la série britannique à succès Black Mirror), l’IA un jour, surpasse l’Homme et sa condition, en ayant réponse à absolument « tout ». Mais cela interrogerait profondément, une réalité devenue dès lors plus « fade », comme « débarrassée » de ce qui la rend si « réelle » : cette sensation d’inattendu.

Vous êtes intéressés par ces questions ? Allez sur ma page « offres », l’offre « Premium » contient un accompagnement sur les questions relatives au handicap. Vous pouvez également prendre l’accompagnement « handicap » seul, via la section « offre sur-mesure » et son formulaire de contact.  À bientôt !

Souscrire à ma newsletter gratuite

Votre mission si vous l’acceptez : Recevez chaque mois dans votre boîte mail, LA newsletter des Entrepreneurs Atypiques. Ou découvrez mes offres adaptées à vos besoins

Je m'inscris gratuitement Découvrir les offres

ARTICLES EN LIENS

Vous aimerez lire aussi ces articles

Être chercheur en communication ? Si, si ça existe !

Tout d’abord, mettons les choses au clair, je ne suis pas chercheur en « Communication »  […]

Lire l'article

Le Handicap, une question de définition, de représentation.

Le handicap c’est avant tout une histoire de définition et de normes, mais aussi une […]

Lire l'article

Chercheur en communication

Retourner au Blog

Communication

Être chercheur en communication ? Si, si ça existe ! 

Vendredi 9 février 2024 ・ 8 min de lecture

Arthur Lin

Sommaire de l’article

  1. Être chercheur en Sciences de l’Information et de la Communication

  2. Perspectives, légitimités, courants

Tout d’abord, mettons les choses au clair, je ne suis pas chercheur en « Communication », mais en « Sciences de l’Information et de la Communication » aussi appelé, plus sobrement, les SIC. C’est peut être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup, comme dirait feu France Gall.

Être chercheur en Communication, être chercheur en Sciences de l’Information et de la Communication

Eh oui, dans SIC il y a « Communication » mais il y a également le côté « Information ». Et l’Information est presque aussi importante que le fait de « Communication ». L’information en communication recouvre bien des domaines, qu’il me serait bien difficile d’en dresser une liste exhaustive ici. Cependant, retenez que dans la communication il y a de l’information et que l’information est en soi, forme de communication.

Autre « erreur » fréquente, les SIC n’ont pas, pas toujours en tout cas, de lien avec l’informatique. Les SIC s’intéressent à la manière dont se construit la communication dans une organisation donnée par exemple, ou à la façon dont se construisent les mécaniques de ce que l’on appelle poliment aujourd’hui « l’influence » pour ne pas dire « lobbying ».

Ainsi, vous comprenez dès lors l’intérêt de ne pas séparer information et communication. Et vous me direz : « Et ta thèse dans tout ça » ? Je vous répondrai : « Ce sera pour une prochaine fois ».

Perspectives, légitimités, courants

Mais alors, quelle est la légitimité des SIC ? Comme le rappelle Bruno OLIVIER dans son article évoqué supra : « Les Sciences de l’Information et de la Communication ont leurs discours des origines, et revendiquent leurs pères fondateurs ». (P.340).

La légitimité d’une discipline scientifique se construit de plusieurs manières, par sa construction historique, voire socio-historique, mais également, notamment, par son institutionnalisation.

Et en parlant d’institutionnalisation, ou pour parler plus simple, «  d’appropriation de la discipline par un corps instituant », en gros une administration, il faut attendre le tout début des années 2000. Aujourd’hui, les SIC constituent la section 71 du Conseil National des Universités (CNU).

La discipline en elle-même, en tant que reconnue par ses pairs, est donc tout à fait récente, que l’on raisonne autant sur le plan historique, que sur le plan institutionnel.

Cela ne l’empêche pas d’avoir des débats théoriques assez développés, comme dans de très nombreuses disciplines de recherches. Car comme le dit si bien la sagesse populaire : « Le talent n’attend pas le nombre des années ». Il en est de même des SIC, qui, à l’image d’autres constructions de savoirs humains, n’ont guère attendues, pas même leur première année d’existence « institutionnelle » , pour se construire une place dans le champ des débats et des construits universitaires et scientifiques.

Vous êtes intéressés par ces questions ? Allez sur ma page « offres », l’offre « Premium » contient un accompagnement sur les questions relatives au handicap. Vous pouvez également prendre l’accompagnement « handicap » seul, via la section « offre sur-mesure » et son formulaire de contact.  À bientôt !

Souscrire à ma newsletter gratuite

Votre mission si vous l’acceptez : Recevez chaque mois dans votre boîte mail, LA newsletter des Entrepreneurs Atypiques. Ou découvrez mes offres adaptées à vos besoins

Je m'inscris gratuitement Découvrir les offres

ARTICLES EN LIENS

Vous aimerez lire aussi ces articles

Le Handicap, une question de définition et de représentation.

Le handicap c’est avant tout une histoire de définition et de normes, mais aussi une […]

Lire l'article

L’IA a-t-elle réponse à tout ?

On pourrait se dire que l’IA, en tant que « création » tekné humaine, serait à son […]

Lire l'article

Définition Handicap

Retourner au Blog

Handicap

Le Handicap, une question de définition et de représentation.

Vendredi 9 février 2024 ・ 7min de lecture

Arthur Lin

Sommaire de l’article

  1. Le Handicap c’est d’abord une question de définition

  2. Le Handicap c’est ensuite et surtout une question de « représentations »

Handicap ! Ô ciel !

Quel parent, ou quelle personne concernée, apprenant son diagnostic n’a pas eu ce types de réactions ? Et pourtant…

Le handicap n’est pas une tare en soi. C’est une manière spécifique d’ « être au monde » pour reprendre l’expression de Heidegger.

Le handicap c’est avant tout une histoire de définition et de normes, mais aussi une histoire de représentations, c’est ce que nous allons voir aujourd’hui dans ce nouvel article.

Le Handicap est d’abord une question de définition

En France, le handicap est avant tout défini par l’article L114 du Code de l’Action Sociale et des Familles (CASF) du 12 février 2005 en ces termes :

« Constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant ».

Nous reviendrons dans un prochain article sur cette fameuse « loi de 2005 » dont cette définition du handicap est issue.

Mais commentons cette définition. Le handicap est à la fois « physique » mais aussi « sensoriel, mental, cognitif ou psychique, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant ». Ainsi, loin  de ce que l’on s’imagine souvent, le handicap n’est pas que « physique » : personne en fauteuil, personne en béquilles, etc.

En France, 80% des handicaps sont invisibles. À titre personnel, je parle de handicap « invisibilisé », parce que la société « invisibilise » le handicap : par le manque d’accessibilité des transports en commun, par le manque de perspectives offertes pour les personnes concernées en ce qui regarde l’accès à l’enseignement supérieur, par la difficulté à faire valoir ses droits, etc.

Tout cela renvoie finalement au-delà de la question de la définition, à la question des « représentations » du handicap dans le monde social, et plus particulièrement, dans la société.

Le Handicap, c’est ensuite et surtout une question de « représentations ».

Je l’ai dit plus haut, le handicap ce n’est pas uniquement ce que les personnes en « voient » : fauteuil, béquilles, etc.

C’est aussi, et surtout, une question de représentations sociales. D’ailleurs, contre une définition médicale voire « médicalisante » du handicap, des collectifs de personnes handicapées ont voulus, dans les années 1980 aux Etats Unis, faire connaître leur réalité. Je vous renvoie notamment au très bon documentaire, « Crip Camp » sur Netflix.

Le handicap est une question de représentations. La preuve, à l’image de nombre de personnes engagées sur ces sujets, et étant moi-même, une personne concernée, je préfère le terme « en situation de handicap » plutôt que le terme « personne handicapée ».

Le terme « personne handicapée » renvoie pour moi à une responsabilité individuelle de la personne concernée, alors même que le terme de « personne en situation de handicap » renvoie quant à lui, à une responsabilité collective de la société. Et que, dans cette acception, c’est la société qui créée la situation de handicap de la personne concernée.

Je vais prendre un exemple : À une personne en fauteuil dans une gare, vous ne mettez pas à disposition d’ascenseur, la personne concernée devient « dépendante » d’une autre personne qu’elle-même, pour « l’aider » à passer au-delà de cet obstacle.

Prenons la même situation, sauf que, cette fois-ci, vous mettez un ascenseur. La personne concernée, en fauteuil, ne sera plus en « situation de handicap » et pourra se déplacer de manière autonome sur les quais et dans la gare.

Cela vous semble simple ? Et pourtant, nombre de personnes concernées n’ont pas accès à ces aménagements urbains « simples » : ascenseurs, logements pour Personne à Mobilité Réduite (PMR), etc., qui en plus de profiter aux personnes directement concernées, profiteraient également à l’ensemble de la population.

Agir pour le handicap, en rendant accessible les espaces et en levant les « situations » de handicap, ce n’est pas seulement agir pour les personnes concernées, c’est aussi et surtout, agir pour l’ensemble du corps social. Nous verrons cela dans un prochain article.

Vous êtes intéressés par ces questions ? Allez sur ma page « offres », l’offre « Premium » contient un accompagnement sur les questions relatives au handicap. Vous pouvez également prendre l’accompagnement « handicap » seul, via la section « offre sur-mesure » et son formulaire de contact.  À bientôt !

Souscrire à ma newsletter gratuite

Votre mission si vous l’acceptez : Recevez chaque mois dans votre boîte mail, LA newsletter des Entrepreneurs Atypiques. Ou découvrez mes offres adaptées à vos besoins

Je m'inscris gratuitement Découvrir les offres

ARTICLES EN LIENS

Vous aimerez lire aussi ces articles

Être chercheur en communication ? Si, si ça existe !

Tout d’abord, mettons les choses au clair, je ne suis pas chercheur en « Communication »  […]

Lire l'article

L’IA a-t-elle réponse à tout ?

On pourrait se dire que l’IA, en tant que « création » tekné humaine, serait à son […]

Lire l'article