22 Mai 2024 ・ 9 min de lecture
Arthur Lin
Aujourd’hui lorsque l’on parle de communication, en tout cas en matière de responsables politiques, on a tendance à critiquer une politique de « communication », qui serait une politique d’ « annonces » au détriment d’une politique de « l’agir ». La femme ou l’homme politique préférant largement le « dire » au « faire ».
Mais qu’en est-il réellement ? C’est la question qui fera l’objet du présent article.
La communication du « dire » au « faire » : La croyance dans le discours « performatif »
Aujourd’hui lorsque l’on parle de communication, et notamment de communication politique, c’est comme s’il y avait « court-circuit » dans le fait de « communiquer ». En effet, la « communication » visant à annoncer, et à énoncer une phrase « choc », ou une annonce « forte ». Mais l’ « agir » opérationnel de cette énonciation étant comme « contenu » dans ce qui est annoncé. En d’autres termes, on ne s’inquiéterait guère de la mise en œuvre de l’annonce puisque selon l’adage bien connu, « et l’intendance suivra ».
Or, il est plus que dommageable que la communication ne soit dans ce contexte « que » réduite à un simple « outil ». On parle d’ « outil » de communication. Mais où se trouve dès lors le pouvoir du « faire » dans la communication ? Ce « faire » est induit dans l’annonce, et dans ce qu’en rhétorique l’on appelle le discours « performatif » : on dit, c’est fait. Dans ce contexte, la communication est décorrélée de son potentiel de transformation du réel. Car ce n’est pas parce que quelque chose est énoncé que cette chose va prendre vie, dans une sorte de croyance que « dire » c’est « faire ».
Comment, dans les dérives de cette pratique et de cet impensé communicationnel, ne pas avaliser l’impuissance du politique, des politiques publiques, et in fine, de la communication elle-même ? On « dit » et « cela sera fait ». Or, c’est méconnaitre profondément les résistances du « réel ». Comment telle annonce va-t-elle être reçue par les acteurs censés déployer cette annonce ? Ainsi, le politique en plus de souvent prendre la parole, sans concertation préalable des acteurs administratifs qui vont déployer l’annonce, va condamner les instances qui vont devoir déployer l’annonce à une forme de « réaction » à l’annonce, et parfois même de « désorganisation » des administrations concernées. Car il faut que « l’intendance suive ». Cela renvoie directement la « responsabilité » de l’éventuelle « non mise en place » de telle ou telle annonce à une forme d’ « incurie » d’une corporation administrative donnée, et in concreto, au discrédit des fonctionnaires.
La communication par annonce, pensée comme agissante mais en réalité, passive face au réel, permet au politique de fustiger les « corporatismes » et de pointer les fonctionnaires et l’organisation administrative. C’est bien connu, la sagesse populaire le dit en ces termes : « Vous voulez piquer votre chien ? Vous dites qu’il a la rage ». Dans cette configuration d’appel à une communication « performative », celle-ci est condamnée à l’impuissance, puisque dissociée de la phase d’action, « agissante ».
Mais pour faire face à cela, il existe des solutions que nous allons évoquer dans une seconde partie.
La communication agissante : sortir du « performatif », aller vers le « participatif »
On l’a vu précédemment, le discours politique a tendance à faire de la communication un outil passif, décorrélé d’un potentiel agissant. Or, cela affaiblit la force d’une énonciation ainsi que les acteurs censés déployer cette annonce. Ce mouvement est-il inéluctable ? Bien sûr que non. Des solutions existent.
En effet, pour redonner la possibilité à la communication de se relier à un potentiel d’action, à un potentiel agissant, il faut que cette communication ne soit plus considérée comme « imposée » aux acteurs devant déployer le fruit de cette communication, mais qu’elle constitue bien plus une communication « participative ». Dans ce paradigme, cela voudrait dire concrètement : associer les différents acteurs concernés par une annonce, avant que celle-ci ne soit effectivement annoncée au grand public, et parfois, même souvent, démentie, par la suite.
Mais cela demande un changement profond de nombre de responsables politiques, dans le rapport que certains d’entre eux peuvent entretenir vis-à-vis de la communication. Non plus comme instrument de l’instantanéité, mais bien plus pensée comme adjuvant à une vision de long terme. La politique de communication ne peut être une politique à courte-vue visant à « réagir ». La communication « participative » permet au contraire de « prévoir » avant d’annoncer et in fine d’ « agir ».
Cela peut sembler une optique « simple », or il n’en est rien. Cela suppose en réalité une remise en question de l’agir du « politique ». Que ce-dernier revienne à une posture d’humilité face aux phénomènes qui se déploient dans une société donnée. Cela n’est guère évident je vous l’accorde. Mais l’acceptabilité sociale est à ce prix. Le retour de l’attractivité des administrations publiques et la fidélisation des agents ne pourront se faire que par l’écoute des réalités de terrain et le respect, par le politique, de ces réalités. Cela ne pourra se faire également que dans la mise en place d’un véritable accompagnement des évolutions organisationnelles et de [la prise en compte de] la réalité du travail des agents. Au contraire, cela ne pourra pas se faire dans l’imposition de changements venus d’ « en haut », non concertés et annoncés de manière tonitruante. Car le risque dans ce cas-là serait tout simplement, comme souvent, que cette annonce spectaculaire, ne se réduise finalement qu’à une énième montagne accouchant d’une énième souris.
La communication en tant que levier de participation des acteurs concernés, ne peut se faire qu’à la condition d’une sortie d’un rapport utilitaire voire utilitariste par le politique de ladite communication. La communication peut porter ses fruits à condition qu’elle ne soit jamais décorrélée de l’agir, et de ce qui fait finalement sa force : Sa capacité à informer, à déployer des imaginaires et à construire une société de débats et de réflexions sur le temps long. Car dès lors, la communication, à nouveau agissante, car sortie de l’impuissance utilitaire dans laquelle le politique l’avait placée, permet la perpétuation d’une société qui soit véritablement démocratique.
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